Construire autrement

Publication : le 10/11/2020 à 17 h 32 min

Une usine en paille, c’est possible !

Qu’on se le dise ! Consommer local n’est pas ré-servé à la nourriture. Nous l’avons vu dans la newsletter de septembre ; certains territoires produisent et consomment déjà leur propre énergie, comme pouvaient le faire nos grands-parents. Mais le “consommer local” concerne aussi les matériaux de construction. La paille est l’un d’eux et est utilisée dans de plus en plus de bâtiments : maison, crèche, centre d’incendie, EHPAD, etc.Avec sa surface agricole importante, la France pro-duit en effet bien plus de paille qu’elle ne peut en consom-mer. Lui trouver un autre usage est donc intéressant pour éviter de devoir brûler les surplus. Petite illustration de ce mouvement avec l’usine à énergie positive AEREM.

Construire avec la paille

D’aucuns nous rappelleront qu’utiliser la paille pour construire n’est pas une révolution. Il s’agit en effet d’un matériau apprécié comme liant dans les murs por-teurs ou les torchis de remplissage. Elle a même été utilisée comme isolant pendant très longtemps dans les fermes. Les anciens savaient que, bien comprimée, elle est qua-siment ininflammable ou propage très lentement le feu du fait du manque d’oxygène.Néanmoins, l’utilisation de la paille comme matériau de construction sous forme de ballots est récente. Si les premiers bâtiments identifiés datent de la fin 19e siècle aux Etats-Unis, il faut attendre que la mécanisation de l’agriculture soit largement répandue pour que la botte de paille devienne une ressource locale ! L’accélération du nombre de projets ces dernières années avec de la paille utilisée en remplissage ou comme élément porteur vient aussi des progrès des ma-chines produisant les ballots. Celles-ci permettent aujourd’hui d’obtenir une compression constante sur tous les éléments sans rupture des brins maintenant la botte.

L’usine AEREM…

La paille est utilisée en remplissage de la structure bois, formant ainsi des panneaux préfabriqués faciles à poser et peu épais. La gestion de l’humidité se fait par une dalle imperméable au niveau du sol et en gardant la possibilité à la vapeur d’eau de circuler à travers le mur. La paille est en effet sensible à l’humidité lorsque celle-ci est stagnante. En respectant ce que l’on appelle une cer-taine perspirance, c’est-à-dire laisser le mur « respirer », ce phénomène est contrôlé. Sur le projet de l’usine AEREM, cela a notamment un habillage de l’intérieur en matériaux et peintures résistants mais laissant la vapeur d’eau pé-nétrer et s’échapper du mur. On l’oublie souvent, mais la première source des problèmes d’humidité reste des pein-tures trop imperméables qui emprisonnent l’humidité dans le mur.

… Un exemple atypique

Au total, ce ne sont pas moins de 3 000 bottes qui ont été utilisées pour la construction de ce bâtiment. Il a vocation à accueillir 80 personnes sur 3800 m2 et la partie atelier est destinée à la construction de pièces pour l’aéronautique. Son empreinte carbone est extrêmement réduite, puisque la paille utilisée peut être considérée comme un déchet que l’on réutilise. Pour améliorer encore la performance environne-mentale, l’équipe de conception a ajouté un système de géothermie pour le chauffage et le rafraîchissement, ainsi que des panneaux photovoltaïques d’une puissance de 99,9 kWc permettant de couvrir les besoins du bâtiment en électricité.

Le saviez vous ?

En tant que première puissance agricole européenne, la France possède largement assez de paille (vouée à être brûlée comme déchet) pour construire et isoler ses bâtiments. Si on utilisait seulement 5 % de la paille qui retourne au sol, on pourrait isoler 500 000 logements par an !