Les écoles et la santé une longue histoire

Publication : le 08/08/2020 à 16 h 01 min

La santé est au cœur des préoccupations dans les établissements scolaires. Mais saviez-vous que ce sujet est aussi vieux que la loi sur l’enseignement primaire obligatoire de Jules Ferry ? Eh oui, si vous regardez bien, la plupart des établissements, quelle que soit leur date de construction, sont équipés de fenêtres surdimensionnées par rapport aux immeubles et maisons par exemple. 

L’héritage d’une époque où l’accès à une éducation de qualité pour tous était un enjeu vital. Chahutée depuis ses débuts au lendemain de la Révolution, la République avait en effet besoin de former le maximum de citoyens à l’idéal républicain. Aussi entre nécessités politiques et altruisme, obligation a commencé à rimer avec modernité et confort des locaux. Petite explication !

Les grandes fenêtres permettent d’aérer les salles de classe et de favoriser la concentration des élèves. 

Ce bon vieux Jules

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Nous sommes le 28 mars 1882, les Restaurations et les Empires semblent appartenir définitivement au passé. Par sa loi sur l’enseignement primaire, Jules Ferry rend l’école obligatoire aux garçons et filles de 6 à 13 ans. C’est le point d’orgue de presque 100 ans de débats républicains autour de la place de l’enseignement. Depuis la Révolution, l’État a, par le biais des communes, pris peu à peu le relais des paroisses et a imposé une éducation laïque et républicaine. En effet, on pense souvent le contraire, mais, avant 1882, bon nombre de paysans et de commerçants modestes ont déjà accès à l’éducation. Depuis les 17e et 18e siècle, les curés enseignent la lecture en même temps que le catéchisme. Chez les protestants, les familles de toutes conditions sont même sommées de dispenser une éducation minimum à leurs enfants pour les sortir de l’obscurantisme. 

A partir du 19e siècle, des instituteurs laïques prennent peu à peu le relais. Les moyens sont néanmoins limités. Enseigner signifie aussi trouver des locaux où installer maitres et élèves. Ce sont alors souvent les communes qui s’acquittent de cette charge, avec des résultats contrastés selon les moyens. Ainsi, bon nombre d’enseignants se plaignent de leurs conditions de travail, mais aussi de devoir travailler dans des locaux prêtés par l’Eglise à laquelle ils doivent alors rendre des comptes. 

Vers une architecture hygiéniste 

La 2e moitié du 19e siècle est celle de l’accélération de la révolution industrielle. La France change, les grandes villes créent des réseaux d’égout, ouvrent largement leurs rues, Pasteur découvre le rôle des micro-organismes dans les maladies, Haussmann et Rambuteau deviennent célèbres pour leurs travaux à Paris. On combat les épidémies en améliorant la salubrité des lieux de vie. Que ce soit dans les bâtiments comme dans la rue. Une réflexion commence donc rapidement autour de la santé dans les bâtiments publics. 

Pour les écoles, à partir de 1884, de véritables codes de l’enseignement voient le jour. On y trouve des chapitres traitant aussi bien de la hauteur minimum du siège des toilettes, que de l’hygiène demandée aux élèves ou des préconisations sur l’architecture. On considère que les grandes fenêtres permettent par exemple d’aérer amplement les salles de classe et de favoriser la concentration des élèves par un bon éclairage. Près de 140 ans plus tard, de nombreuses études confirment les théories scientifiques élaborées à l’époque !

Les salles de classe évoluent, les couloirs se font plus larges. La cour de récréation se doit d’être aménagée. Les petites communes reçoivent des aides financières pour moderniser ou construire leurs écoles primaires. Au fil du temps, les règles de construction sont toujours plus précises pour adapter les écoles à l’évolution des techniques d’enseignement, mais aussi à celle de la société (l’évolution de l’enseignement réservé aux jeunes filles par exemple). Cet héritage est aujourd’hui toujours visible. 

De l’école au logement 

La 2e moitié du XIXe siècle est aussi celle de l’accélération de l’exode rural. Les conditions de vie des ouvriers dans les villes sont parfois déplorables. Si la France détruira les derniers bidonvilles issus de cet héritage dans les années 1970, de nombreux architectes et urbanistes se penchent sur le problème dès la fin du 19e siècle. Nait ainsi l’architecture hygiéniste, dont les écoles sont une des illustrations. Mais certaines cités ouvrières qui sortent de terre dès le début du 20e siècle sont aussi conçues en prenant en compte le bien-être des habitants et les théories scientifiques hygiénistes. L’aération est facilitée et chaque appartement a accès à des WC et un cabinet de toilette. Dans le même temps de grandes campagnes nationales essaient de sensibiliser l’ensemble de la population à « l’usage unique » des pièces. Alors que bon nombre de familles pauvres ont une seule pièce pour cuisiner, dormir et vivre, on essaie peu à peu de réserver un lieu à chacun de ces usages. L’organisation de nos maisons modernes est un héritage de cette période ! 

Pour aller plus loin : 

– Assainir, moderniser, moraliser : les joies de l’hygiénisme à Lyon / documentaire France Culture : https://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique-de-lhistoire/histoire-de-lhygiene-24-

Les bains-douches des pratiques hygiénistes à l’équipement urbain intégré / CAUE de Paris : https://www.caue75.fr/content/les-bains-douches